l’essentiel Créer des logements en centre-ville et instiller un peu de contemporain dans les façades de brique rose de Toulouse, c’est possible grâce aux surélévations, ces extensions en hauteur d’un ou deux étages d’un immeuble ancien.

Vous avez sans doute déjà remarqué un de ces apparteme.nts au dernier étage, souvent avec une terrasse parfois ornée de colonnes. Et certains ont peut-être même rêvé d’habiter dans ces logements insérés dans le cœur de ville mais sans voisins au-dessus et avec, souvent, une jolie vue et de l’espace pour dîner au balcon, les soirs d’été.
Le centre-ville de Toulouse regorge de ces logements en attique, c’est le terme architectural faisant référence à Athènes, décrivant un appartement en partie supérieure qui vient couronner une construction.
Le plus souvent en léger retrait par rapport à la façade qu’il domine, il est placé au-dessus d’un entablement ou d’une corniche et a été rajouté à l’immeuble initial. Un aménagement qui permet d’agrandir un bâtiment, parfois pour accueillir les enfants devenus grands au-dessus du domicile où ils ont grandi. On parle alors de surélévation familiale. Parfois pour créer un ou plusieurs logements supplémentaires, plutôt haut de gamme, que le propriétaire ou l’investisseur vendra ou louera au prix fort.

« Intensification douce »

Une extension favorisée par le premier PLUiH (plan local d’urbanisme intercommunal de l’habitat), qui fixait en 2019 les règles d’urbanisme dans la métropole toulousaine. Ce PLUiH a été annulé en 2021 et on est revenu au plan local d’urbanisme (PLU) de 2012 pour Toulouse, moins permissif.
Mais Annette Laigneau, l’adjointe au maire de Toulouse en charge de l’urbanisme et du patrimoine, reste plutôt favorable à ce type d’aménagement, dans le contexte actuel, qui interdit toute artificialisation des sols nouvelle et privilégie « l’intensification douce » tout en permettant « d’instiller un peu de modernité » dans le centre-ville, selon la vice-présidente de Toulouse Métropole : « On peut procéder à une surélévation à condition que les fondations et la structure du bâtiment ancien le permettent », précise l’élue, «c’est la hauteur autorisée dans le secteur concerné qui compte, en fait. Parfois, on autorise une surélévation qui doit s’aligner sur les hauteurs existantes, parfois on préfère la démolition de l’immeuble pour une reconstruction neuve, notamment dans les territoires de renouvellement urbain » (les zones à proximité de station de métro par exemple, NDLR).

Extension sous conditions

La surélévation est surtout indiquée dans l’hypercentre ancien, délimité par la ceinture des boulevards, et dans certains faubourgs. Mais sous certaines conditions.
« Dans le secteur patrimonial remarquable (SPR), l’ex secteur sauvegardé, où chaque bâtiment a fait l’objet d’une analyse par nos services, on ne rehausse pas n’importe où », ajoute Annette Laigneau, « cela ne doit pas masquer une perspective ou une vue patrimoniale ; pour un élément bâti protégé (EBP), par exemple, c’est-à-dire un immeuble remarquable protégé dans le PLUIiH, qui ne peut être détruit, on peut seulement le modifier. En fonction du secteur, ou si l’immeuble concerné est à moins de 500 m d’un bâtiment ou site classés, l’avis de l’architecte des Bâtiments de France est sollicité », ajoute l’élue.
Si le projet de surélévation concerne directement un bâtiment classé, « il faut aussi l’autorisation de la Drac (direction régionale des affaires culturelles), dont il faut suivre les préconisations », précise encore Annette Laigneau. La surélévation, intéressante, ne peut donc pas s’appliquer systématiquement.

Polémique dans le quartier des Chalets

Ces surélévations sont parfois contestées. Ainsi, la Gazette des Chalets, journal de l’association du quartier, s’est fait l’écho, dernièrement, de trois surélévations qui déplaisent aux riverains de ce très résidentiel quartier. Rue de la Balance, la surélévation métallique grise sur deux niveaux, avec des ouvertures de dimension inégale, heurte : « Les voisins protestent […] les passants sont choqués de perdre leurs repères esthétiques habituels », écrit Alain Roy. Deux autres projets inquiètent les habitants, l’un rue Saint-Hilaire (permis refusé par le service de l’urbanisme) et l’autre à l’angle des rues d’Orléans et Jany. Les formes contemporaines et le gris de ces projets choquent, ici aussi, les défenseurs de la brique rose, d’ailleurs plutôt jaune ou terre. « L’association et les habitants du quartier savent apprécier le mariage de l’ancien et du contemporain » assure la Gazette. Les goûts et les couleurs…

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