«Je travaillais à l’hôpital. Confronté aux décès de patients, je me demandais ce qu’ils aimeraient transmettre, en dehors des documents médicaux. Plutôt comme les souhaits de fin de vie ou religieux. Qu’est-ce que j’aimerais moi-même transmettre?»
À la lecture du projet de loi de la ministre de la Justice, Sam Tanson (déi Gréng), sur la digitalisation des actes notariés
au Luxembourg, à l’exception des testaments, Pierre Van Wambeke, est allé… déterrer ses archives.

«Mon crayon est mon meilleur ami», lui répond le premier notaire à qui il parle de sa nouvelle idée au milieu des années 2000. Tant pis.
Seezam
devient une PME qui commercialise, auprès de 30.000 utilisateurs, principalement des entreprises qui y stockent les fiches de paie de leurs employés et ces employés, une solution de coffre-fort virtuel et sécurisé.

«J’ai écrit à la ministre de la Justice, ses services m’ont renvoyé vers la Chambre des notaires du Grand-Duché de Luxembourg. Et là, silence radio», explique l’entrepreneur, d’autant moins enclin à abandonner que sa start-up a atteint la rentabilité depuis deux ans. «Avec Seezam, j’ai sept des six briques dont les notaires luxembourgeois pourraient avoir besoin. Il faudrait des années ou passer par un fournisseur étranger pour parvenir au même résultat», assure-t-il. «Mais ne créez pas de confusion: les fonctionnalités nécessaires au partage de documents de ce type, que ce soit des testaments, des textes, des certificats de propriétés que ce soit des biens réels ou des avoirs numériques, ne sont pas activées.»

Deux platformes en cours pour l’État

Alors que le projet de loi de l’ex-ministre des Finances,
Pierre Gramegna
(DP)
sur les avoirs dormants, poursuit son examen législatif
, le rapport annuel du Trésor indique que la Caisse de consignation a finalisé en 2021 «le développement d’une solution informatique de gestion des consignations» qui doit être lancée dès que le projet de loi sera adopté. Avec le projet de loi de Mme 
Tanson,
un autre pan du même sujet doit aussi avancer dans les prochaines années autour, non seulement de ces coffres-forts abandonnés parfois depuis des années, sans que l’on sache ce qu’ils contiennent, mais aussi de ces produits de contrats d’assurance-vie que personne n’a réclamés ou de tous les produits bancaires et financiers (comme des actions).

Comment voit-il le produit?

Acte 1: le client, vous, moi, utilise une clé chiffrée ou un token LuxTrust, par exemple, pour créer son coffre-fort et y stocker ses documents. Un Word avec ses dernières volontés, avec ce qu’il n’a pas pu dire à d’éventuels héritiers, voire un testament, un contrat d’assurance-vie, un diplôme, à peu près tout ce qu’il est possible d’imaginer, photos et vidéos comprises. «La particularité de ma solution», explique M. Van Wambeke, «est d’offrir un chiffrage de bout en bout. Donc personne dans ma société ne sait ce que le coffre-fort contient, mais les documents comportent une date et une heure et sont accompagnés d’une sorte de certificat numérique qui garantit que le document qui entre dans le coffre-fort est exactement le même que celui qui en sort.»

Acte 2: l’Ordre des notaires donne des clés aux notaires inscrits à l’Ordre et qui vont permettre à la fois au client de désigner «son» notaire, mais de faire en sorte que celui-ci puisse avoir accès au contenu du coffre. À condition que les notaires puissent être automatiquement avertis – par l’État – des décès.

Acte 3: les héritiers ou les destinataires de certains documents peuvent y accéder, en lecteur, du vivant de la personne qui le leur destine. Ou bien au moment où le notaire les contacte, conformément aux désidératas de la personne décédée.

Fini les coffres-forts oubliés. Fini les primes d’assurance-vie jamais réclamées. Fini les actions suspendues de la cotation. Et bientôt, fini ces bitcoins dans un wallet, «parce que la génération des quinquagénaires sera probablement la première qui a des actifs numériques dans son patrimoine», assure M. Van Wambeke.

75.000 clients en Belgique

Izimi, la version belge depuis 2014, a trouvé sa clientèle, au point que ses promoteurs – la Fédération royale du notariat – envisagent de permettre d’y intégrer tous les documents bancaires et d’assurance de ses 75.000 clients.

Dans le business model belge, ce sont les notaires qui ont financé l’opération, offrant 1 gigabyte de stockage à tous les Belges de plus de 18 ans. Soit, à titre d’exemple, à peu près un million de PDF par Belge.

De quoi remplacer ces généalogistes successoraux qui ont le vent en poupe, portés notamment par la très bonne série de France 3. Cette semaine, un des reportages portait sur la recherche des héritiers de Nelly Kaplan, écrivaine, cinéaste, documentariste, proche d’André Breton et des surréalistes, décédée du Covid en novembre 2020, à l’âge de 89 ans.

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