(Crédits photo : Adobe Stock - )

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Ce soutien inattendu des propriétaires cache une réalité financière: ils ne veulent pas payer la majorité du coût des travaux.

Dès le 1er janvier 2023, les logements les plus énergivores seront interdits à la location (sauf les locations saisonnières). L’échéance approche lentement mais sûrement et cette mesure devient un vrai casse-tête pour les propriétaires de passoires thermiques (classées F ou G sur le Diagnostic de performance énergétique). Ai-je les moyens de réaliser les travaux nécessaires? Dois-je vendre mon logement ? Ce qui est sûr, c’est que la proximité de cette date oblige de plus en plus de propriétaires désireux de louer leur logement à se pencher sérieusement sur la question.

« Les Français ont pris conscience de ces impératifs: nous traitons désormais près de 40.000 demandes d’aides par mois et finançons un chantier toutes les 3 minutes sur l’ensemble du territoire », explique Nicolas Moulin, président de PrimesÉnergie.fr, spécialiste de rénovation énergétique . D’ailleurs, 80% des Français sont favorables à l’interdiction de louer une passoire thermique . Mais qu’en pensent les propriétaires, eux qui seront directement impactés par cette mesure?

Et là, la réponse est plus inattendue: ils sont également 80% à l’approuver. Mais, pour Nicolas Moulin, ce n’est pas si surprenant. « On dit que les Français sont climatosceptiques. En réalité, chacun se dit le plus écolo mais ne veut pas payer pour la transition écologique. Les propriétaires et les passoires thermiques, c’est la même chose. Ils sont prêts à tout accepter, sauf à avancer les frais des travaux », décrypte le président de PrimesÉnergie.fr.

La preuve, quand on leur demande qui doit être le principal payeur: les Français, répondent à 32%, l’État. Les autres citent les fournisseurs d’énergie (24%) et, en troisième position, les particuliers mais avec seulement 9%. À noter que 19% déclarent ne pas savoir qui devrait financer les travaux de rénovation énergétique. « On a trop habitué les Français à ce que ces travaux soient subventionnés. C’est une erreur! », déplore Nicolas Moulin qui se dit favorable à ce que ces travaux soient de plus en plus rendus obligatoires.

Pas de hausse de loyer dès le 25 août 2022

Pour l’heure, les Français semblent répondre à cette contrainte par une forme de protestation – la vente de leur passoire thermique – plus qu’une approbation. Mais, dans ce cas, ils sont généralement sanctionnés par la décote qu’ils doivent souvent subir à la vente. Et plus on s’éloigne des grandes villes, plus cette décote est élevée, si l’on en croit une récente étude des notaires. « La valeur verte devient une réalité et pénalise les logements énergivores », soulignent-ils.

Et pourtant, Effy, autre acteur majeur de la rénovation énergétique, souligne que les bailleurs peinent à passer à l’action car seulement 2% des aides Ma Prime Rénov’ ont été versées à des bailleurs, selon l’Agence nationale de l’habitat. On peut aussi penser que certains propriétaires n’ont pas fait appel à cette prime parce qu’ils n’en avaient pas besoin. « La faiblesse de ce chiffre vient surtout du fait que les propriétaires-bailleurs méconnaissent souvent les aides à la rénovation énergétique mais connaissent beaucoup mieux les dispositifs type déficit foncier qui existent depuis longtemps », précise Audrey Zermati, directrice de la stratégie d’Effy. En attendant, une autre échéance, encore plus proche celle-là, risque de créer des sueurs froides à certains propriétaires: le 25 août prochain, il ne sera plus possible d’augmenter le loyer d’une passoire thermique, lors d’un changement de locataire.

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